Le ministère de l’intérieur, ses données, ses expérimentations

Saviez-vous que le ministère de l’intérieur ne connaît pas vraiment le nombre de policiers municipaux qui travaillent en France ? Dans leur rapport rendu au premier ministre le 11 septembre, deux députés LRM en annoncent 21 454 au 1er janvier 2016. Sur data.gouv.fr, on trouve un fichier faisant la liste des polices municipales au 31 décembre 2016. Le total y est de 21 636 policiers municipaux dans 4 758 communes.

Ce fichier est, notons-le, dégueulasse. Les colonnes sont mal remplies, les noms des communes ne sont pas normés, le code Insee permettant le croisement n’est pas affiché. Le plus frustrant est que ce travail de nettoyage a été fait en 2012 par la multitude, mais que le ministère de l’intérieur n’en a pas tenu compte pour les publications suivantes.

Faire de beaux tableaux n’est pas chose aisée

A l’occasion d’une enquête sur les caméras-piétons des mêmes polices municipales, j’ai croisé deux listes : les communes autorisées à expérimenter les caméras-piétons pour leur police et les communes disposant d’une police municipale. Au moins quatre communes sont présentes dans l’une, mais pas dans l’autre. Marseillan (Hérault), Villard-Bonnot (Isère), Villefontaine (Isère) et Saint-Brice-Courcelles (Marne). Soit près de 30 policiers municipaux oubliés (10 pour Marseillan, 14 pour Villefontaine, deux pour Villard-Bonnot et au moins deux pour Saint-Brice-Courcelles), sachant que d’autres communes sont probablement manquantes. «Ces fichiers sont saisis manuellement pas les préfectures et ne sont pas exempt d’erreurs», nous explique le ministère de l’intérieur.

Il faut croire que faire de beaux tableaux n’est pas chose aisée au ministère de l’intérieur. Ainsi, le rapport sur l’expérimentation des caméras-piétons pour les polices municipales, rendu au Parlement, propose une liste des communes ayant demandé une autorisation préfectorale. Celle-ci nous signale que la commune de Plédran, dans la Somme a demandé l’autorisation pour une caméra. Une commune qui n’existe pas, et n’a jamais existé. Est-ce une ligne en trop ? Est-ce une erreur dans le nom ? Faut-il modifier le total ? L’erreur, signalée le 12 septembre n’a jamais été corrigée… Quant aux habitants de Bordeaux et Libourne, ils seront heureux de savoir que, toujours selon ce document, ils habitent dans le département de la Garonne.

Aucun détail n’est demandé

Si j’ai autant farfouillé dans les documents mis en ligne, c’est parce que, naïvement, j’attendais beaucoup plus comme bilan d’une expérimentation. Le ministère de l’intérieur n’a fait que compiler, a minima, les bilans envoyés par les communes – que toutes les communes n’ont pas renvoyées – et les listes des autorisations données par les préfectures. Pas de calculs, pas de vérification, pas de chiffres précis : tout le monde est content ! Bêtement, quand j’entends «expérimentation», je pense à la méthode expérimentale. Grave erreur. Ici, pas d’hypothèse de départ, pas de paramètres qui varient. «En France, le ministère de l’intérieur ne connaît pas l’évaluation d’impact fondée sur des preuves», me confirme Sébastian Roché, sociologue spécialisé en criminologie.

Si le but affiché de ces caméras est de lutter contre les outrages et violences contre les agents porteurs, peut-être ces éléments auraient pu être comparés avant et pendant l’expérimentation. Aucun détail n’est demandé aux mairies sur leur utilisation des caméras-piétons : ni la manière dont elles sont utilisées (existence d’une mémoire-tampon, protocole d’activation…), ni le nombre d’enregistrement précis réalisés par les policiers municipaux… Autant d’informations que j’ai tenté de demander aux 394 mairies. J’en ai contacté environ la moitié pour connaître le nombre d’enregistrements, la marque des caméras et le rapport communiqué à la préfecture. Frédéric Sallet, de Sud Ouest, m’a aidé dans sa zone. Beaucoup ont refusé de répondre, d’autres étaient flous. Le résultat très partiel est là.

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