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fdesouche : gai ghetto

On ne reviendra pas sur la rapidité avec laquelle certains journalistes de Slate savent détecter « un nouveau marronnier du web » après une seule apparition. Car, si les articles allant chercher sur la fachosphère des commentaires suite à la tuerie en Norvège étaient assez étranges et ressemblaient effectivement à des micro-trottoirs d’auto-satisfaction, c’étaient les premier articles du genre. Et espérons qu’on n’en reverra plus.

Ils serviraient à montrer, ailleurs que dans les urnes, comment les français partageant certaines accointances avec l’extrême-droite pensent et réagissent. Occasion déjà prise par Le Monde en 2007, lorsqu’ils avaient publiés des e-mails envoyés à Jean-Marie Le Pen.

Doit-on perdre l’occasion de dire « Attention, l’extrême-droite, c’est aussi en France » avec ces exemples précis ?

Passé ce préambule, allons directement au plus intéressant dans cet article.

Un problème de type commentaire

Donc le problème résiderait dans les commentaires, que tous les médias en ligne connaissent et qu’il modèrent ou non. fdesouche ne ferait preuve que de plus de mansuétude et ferait face à un flot démesuré de commentaires.

Le site joue en effet sur le fait qu’un site d’information peut être considéré comme un hébergeur des commentaires et donc n’a pas à en assumer la responsabilité. Libre à eux de parler des « cailles« , « faune » et autres sobriquets. D’ailleurs, dans l’article, le modérateur explique penaud qu’il n’a pas le temps et que ça enlèverait aux commentateurs l’envie de participer.

Soit.

Fdesouche, site neutre

Fdesouche n’écrit pas d’articles, mais ouvre le débat […] laissant le soin de l’analyse aux lecteurs.

Fdesouche, quand on lui enlève les commentaires racistes que l’on trouve partout sur Internet (et dans les bistros), ce n’est qu’une « revue de presse« , un « flux de dépêches neutre comparable à l’AFP« . Bien sûr, lorsqu’un article est proposé par un site qui signifie « Français de souche » et dont la bannière d’accueil présente une France idéalisée, entre gaulois, Bardot et camembert, jeune fille blonde.

Rien de plus neutre donc qu’une coquille aryannisante pour une revue de presse. Les lecteurs font leur analyse dans leur coin. Bien sûr, parce que quand on répète « Blanc blanc blanc blanc » et qu’on nous demande « Que boit la vache« , on répond « Du lait » parce que le contexte nous a ôté une partie de la réflexion. Donc rien n’est neutre dans le site.

Bien sûr, ils sélectionnent des articles qui parlent seulement des problématiques qui les intéressent. Et que Slate.fr mette un graphique dans le lot est la méthode facile de prouver ce qu’ils avancent. Pose de la data, tout le monde y croira. Mais ces données ne disent pas quelle quantité d’articles ils reprennent et filtrent, ce qui nous donnerait une idée de leur tendance à l’épuration de l’information.

Gettho


(vidéo empruntée sur youtube et trouvée sur le site fdesouche)

Passons à ce qui me semble finalement le plus intéressant. Les médias mettent l’un des leurs, un site de journalisme de liens, dans un ghetto. Instant lyrisme.

Fdesouche et la réacosphère sont ghettoïsés, rejetés aux marges de l’Internet, comme, dans la vraie vie, les immigrés qu’ils vilipendent. La censure des commentaires des sites de presse joue le rôle d’un périphérique de la bien-pensance.

Notons comment, au passage, la synecdoque tant décriée au début de l’article est doucement faite ici par Slate.fr. Nous parlons donc de la « réacosphère » désormais, et plus du seul site fdesouche, ni de la fachosphère comme d’aucuns la nomment.

C’est donc « celui qui dit qui y est« . On immole les visiteurs de fdesouche sur l’autel de la bien-pensance.

Et de nous expliquer que nous devrions nous pencher sur le mal-être de ces « petits blancs de banlieues« . Et analyser pourquoi ils pensent ainsi, pourquoi ils se sentent mal.

Mieux vaut ce site que des ratonnades

Lémédia c’est le mal

Effectivement, à trop mettre de côté un site, une communauté, on la retourne contre soi et on lui laisse croire qu’elle pense juste et que « la vérité dérange ». C’est exactement la même chose dans des parutions telles que le Plan B à l’extrême-gauche, les conspirationnistes de reopen911 par exemple.

Cesser la diabolisation

Alors, quelle est la solution ? « La diabolisation médiatique n’ayant jamais fait diminuer le Front national électoralement » nous dit Slate.fr. Donc ne diabolisons ni le Front National, ni fdesouche. Soit. Traitons les comme n’importe quel autres sites et partis. Soit. Ouvrons des pure-players dédiés à l’extrême-droite. Pourquoi pas.

En n’oubliant pas apparemment de bien crier haut et fort que nous nous souhaitons pas que les gens votent pour le Front National. Parce que ça semble évident.

Moi, je ne vois pas ce qui est si évident. Où peut-on lire les analyses qui m’expliquent pourquoi je ne dois pas voter pour le Front National ? En quoi le nouveau clivage que tente d’instaurer Marine Le Pen sur les anti et les pro mondialisation n’est pas valide ? Pourquoi ses réponses ne seraient pas les bonnes ?

Je ne lis pas souvent, en effet ce genre d’analyses. Ça doit être un pré-requis.

Gros cons

Et puis les électeurs du Front National, on ne peut pas dire qu’ils sont cons. On n’a pas le droit. La faute au mal-être. Ça stigmatise les électeurs. Ceux qui tiennent des propos racistes, il ne sont pas racistes, ils sont tristes ou en colère.

Du coup, on en fait quoi de ces électeurs ? Si on ne peut pas leur dire que les sites qu’ils utilisent sont critiquables dans leur forme et leur propos, si on n’a pas le droit de dire qu’il font une connerie en votant Front National.

On ne peut pas tous les supprimer ou les rayer des listes électorales. Mais bon, on n’accepte pas non plus qu’ils puissent changer d’avis, il suffit de regarder la levée de bouclier face à l’arrivée, annoncée par lui, de Maxime Brunerie au Modem.

Sûrement un peu la faute de SOS Racisme qui a force de nous dire que tout le monde, mais surtout les noirs et les arabes, était mon « pote » alors qu’en fait, pas tous, qu’il y a du bon et du mauvais partout.

Sûrement la faute de notre système électoral peu représentatif qui fait qu’aucun député de l’extrême-droite n’est présent à l’Assemblée Nationale.

Seulement, dans tout ça, je n’ai pas compris comment on pouvait expliquer aux gens que voter à l’extrême-droite, ce n’est pas une solution.

Il faut les prendre un par un, leur montrer que la vie n’est pas aussi noire (et beur) qu’ils le croient. Il faut essayer de leur prouver que la classe politique n’est pas constituée seulement de personnes pensant à leur intérêt propre. Il faut également le montrer que les personnes qui se disent hors-classe comme Marine Le Pen en font bien partie.

On peut également leur envoyer des articles qui expliquent que l’immigration fait baisser la criminalité aux États-Unis, ou que l’immigration rapporte plus qu’elle ne coûte.

Seulement, ils vont avoir le douloureux réflexe de se dire que l’étude est contestable. D’y croiser un franc-maçon, un comploteur quelconque. Et face à cela, personne ne devrait oser dire que c’est une connerie.

Ou alors, ils diront que « J’ai des convictions, et je me sens plus que jamais à l’aise dans ce monde que je pense contribuer à changer, en votant, tout simplement » comme le note un commentateur sous l’article de Slate.fr.

Dans ce cas, ne considérons pas le Front National comme le diable, accueillons le à bras ouverts à l’Assemblée, ne stigmatisons pas ses électeurs, laissons les gens parler des « vrais problèmes » et faisons confiance à la démocratie pour guider la Nation dans la direction qu’elle mérite.

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