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Rue des Martyrs

L’autre jour, je rentrais de chez Michou en descendant la rue des Martyrs jusqu’à Notre-Dame de Lorette. Mon magasin préféré, une boutique de vêtements-galerie d’art avait fermé. Cette boutique aux décors changeant avec les saisons et au design très épuré avait même servi de point de départ à une ébauche de roman. Le héros principal sortait d’un vernissage, se traînait jusqu’à la Basilique à la recherche d’un peu de sens. Sa mère, malade venait de s’installer chez lui. Il faisait au Sacré-Coeur quelque chose que j’ai toujours rêvé de faire, c’est l’adoration du Saint-Sacrement pendant toute la nuit. Se dire que depuis la construction de ce bâtiment pour expier les crimes de la Commune des gens veillent le Saint-Sacrement m’a toujours fait un quelque chose. Mais moins que de fredonner des chants révolutionnaires en remontant la Butte.

Mon héros aujourd’hui sortirait d’une agence immobilière chic. Au lieu de l’artiste presque orphelin et un peu torturé qui voulait passer la nuit à genoux avec des soeurs pour ranger sa vie, ce serait du coup un jeune père de famille, urbaniste, cinéaste ou journaliste qui chercherait un petit logement avenue Frochot pour s’installer avec sa jeune femme et son futur enfant. Il serait tout autant torturé mais saurait en faire un spectacle, s’en plaindre le joint à la bouche avec ses amis. L’agence immobilière c’est un peu comme le salon de coiffure. Ça infecte jusqu’aux plus jolies rues. Surtout la rue des Martyrs. Le dimanche matin, les magasins sont ouverts et font ressembler la rue à un marché alors qu’il n’y a aucun étal. Tout au plus un maraîcher ou le meilleur boulanger de Paris qui propose sur une table des viennoiseries pour les jeunes souhaitant redonner des forces à leur conquête de la veille ou pour les familles désirant donner un peu de piquant à un dimanche matin. Comme tous les dimanche d’ailleurs, le père achète un poulet rôti qu’ils mangeront avec des haricots verts ou quelques pommes noisettes.

Je ne sais pas ce qui m’attire tant dans la rue des Martyrs.

Je pense qu’on peut naviguer dans la rue au fil de la journée, commencer au Shopi, récemment transformé en Carrefour City mais suffisamment discret. Passer par la boulangerie, le marchand de journaux. S’arrêter à mi-chemin pour un café vers 10 heures. Explorer le saumon dans ce restaurant qui propose une terrasse avec des sièges bizarres au déjeuner. Terminer l’après-midi dans la librairie avant de s’arrêter pour le thé Cité Malesherbes chez une vieille du quartier qui m’expliquerait enfin quels sont ces Martyrs qui enchantent ma vie. Vers 18 heures, filer à La Fourmi où les jeunes du coin se rejoignent avant d’entamer la montée de la rue et naviguer entre les transformistes de chez Michou et le Divan du Monde. Terminer la soirée en haut de la rue après avoir souri devant la rue Yvonne Le Tac au nom si percutant, un verre de champagne à la main en l’honneur des Martyrs, du Sacré-Coeur et de Montmartre.

Et puis un autre à Paris.

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