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Miscellannées

guerre entre les pauvres.

Il est monté, on est habitué. Toujours un peu curieux. Combien a-t-il d’enfant, est-il malade, depuis combien de temps est-il dans la rue ? C’est sûrement malsain. Mais ça occupe. Aujourd’hui, c’était un homme propre sur lui. Il sort de maison d’arrêt. Rien de grave a-t-il dit. On peut lui faire confiance. Se raconter à des inconnus pour leur demander de l’argent, ça doit pas être facile. Ce soir, ça l’était encore moins. À peine avait-il commencé à nous dire pourquoi il sortait de prison qu’une femme se redresse, son fils dans les bras. Il est près de 20 heures, elle a la mine fatiguée, l’habit froissé. Elle revient d’une journée de travail. Et sa vie est aussi merdique que celle du mec qui fait la manche, sauf que elle, elle travaille. Le mec sourie, il recule et consent à aller mendier dans le wagon d’à côté voir si elle n’y est pas. Elle n’y est pas puisqu’elle attend de pied ferme le suivant. Il arrive. Des dreads-locks, un chien rachitique et une mine défaite et blanche. Il commence et elle se lâche. La même chose encore. Son enfant, son travail, sa vie de merde, aussi de merde que celle du mendiant. Je ne peux retenir un sourire devant l’ironie de la situation. La dame d’à côté avec sa fourrure serre son petit-fils près d’elle. À ce moment là, le mec avec son chien commence à lui tenir tête en parlant de plus en plus fort. Et en exagérant la situation. Enfin, j’espère. Parce qu’il est passé d’un simple problème immobilier, à savoir aucun toit au dessus de sa tête, à une fille de quatre ans qu’il n’a pas vu depuis trois ans et un cancer en phase terminale. J’ajoute à ça un problème d’alcool. Le train s’arrête. La grand-mère en fourrure embarque son petit-fils loin de tout ça. La femme avec son fils change de wagon en pestant. Le mec avec son chien reste, maugréant.

La scène semble caricaturale, malgré sa véracité. Mon cynisme n’ajoute rien à l’histoire. En même temps, j’hésite entre rire de la situation ou réfléchir à des trucs plus graves. Ce qui peut pousser une femme qui travaille toute la journée d’un samedi à se dire que sa vie ne vaut guère plus que celle d’un SDF. À part le fait qu’elle travaille bien sûr, parce que le travail, c’est bien mieux que de ne rien foutre dans la rue. Je me demande aussi comment une grand-mère en fourrure peut encore vouloir cacher à son petit-fils les difficultés du monde. Ce qui peut pousser un SDF dans le métro, à faire la manche. Et surtout, quelle est la situation actuelle pour que les pauvres se battent entre eux. Alors peut-être que 2010 est la décennie la moins violente. Mais si on continue à maltraiter les pauvres au profit des riches, je ne présage rien de bon pour la seconde décennie de ce centenaire. Et qu’en plus de la violence physique on devrait ajouter la violence sociale.

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