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Miscellannées

une brune dans un train.

Elle vient de monter à Versailles-Chantiers. Elle est brune. Au détour de la conversation, on comprend qu’elle revient d’un week-end avec les jeannettes. Ce que semble confirmer sa petite jupe bleue marine, ses bagues discrètes et son carré très sage. Elle a un physique que l’on dirait fait pour assister à la messe à Sainte-Jeanne-d’Arc. Des traits fins et très artistocratiques, un nez légèrement pointu, qui s’aplatit à chaque fois qu’elle sourit ou parle. Elle ne semble pas belle, plutôt parce qu’elle ne le souhaite pas. On l’imagine aisément détacher ses cheveux en ultime geste sensuel.

Elle raconte à ses amies qu’elle a recomposé la veille une histoire pour l’adapter à son audience. Puis la conversation embraie sur Chartres. Chacune y va de son anecdote. « J’étais vraiment épuisée en revenant cette année ! » À ce moment, sa voisine d’en face confesse doucement qu’elle n’est pas baptisée. « Mais ta mère est catholique ou chrétienne ? » s’interroge la jeune femme, comme s’il ne pouvait y avoir d’autres alternatives. La blonde la rassure en disant « catholique » puis explique qu’elle attend de terminer ses études pour entamer ce long chemin spirituel. 

Sautant sur le sujet des parents, la troisième se plaint d’habiter encore chez eux et a hâte de trouver sa liberté. Surtout avec ses études. Elle est en école d’infirmière comme sa voisine. Son premier stage en oncologie la fait pleurer tous les soirs dans sa chambre. À peine le temps de s’attacher aux patients qu’ils meurent dans la journée. Sa voisine s’enchante alors des derniers moments passés avec une vieille dame lors de sa toilette, ravie d’avoir pu sourire, avant d’ajouter que la patiente s’est doucement éteinte entre ses bras. Elle ajoute alors :

« Je veux faire des urgences pédiatriques. »

 »Automatiquement, le lien se fait dans mon esprit avec la manifestation que j’ai croisé la veille. Une camionette blanche surmontée d’une croix et d’un haut-parleur ouvrait le cortège, en toute sobriété. Loin des drapeaux oranges et rouges des manifestations contre le retraites. Dans la sono résonne les prières d’un prêtre qui marche à côté de l’utilitaire. Une longue file de gens, une bougie ou un panneau à la main. Des jupes, des bérets, des pantalons. Peu de baskets. Sur les pancartes, une phrase revient :

« L’avortement, c’est tuer un enfant. »

Je traverse la foule en ne sachant trop bien que dire. Insulter ces gens qui ne pensent pas comme moi ne ferait que les conforter. Tenter le dialogue ne serait qu’épuisant. Après avoir franchi l’obstacle, je gromelle entre mes dents :

« Bande de cons, occupez-vous de vos vagins ! »

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