Le cétacé qui doit faire gagner Barack Obama

Alors qu’en France, l’équipe de François Hollande commence à peine à rendre intelligente sa base de données de contacts, l’équipe de Barack Obama dévoile les premiers contours de son arme de guerre : Narwhal.

Pour sa campagne, le candidat socialiste a décidé de systématiser de nombreuses actions, notamment le porte-à-porte et d’encourager des soutiens à prendre part à la campagne. “Les gens viennent si on leur propose une action précise dans un endroit précis” explique Claire Heuzé qui s’occupe de la mobilisation dans la campagne de Hollande. Et un des meilleurs moyens d’envoyer des actions correspondant aux attentes est de cibler les destinataires. Pour l’instant et jusqu’à nouvel ordre, dans la campagne socialiste, le seul ciblage que s’autorisera l’équipe c’est leur lieu de vote, ainsi que leur niveau d’engagement.

Avec la loi américaine, un peu plus clémente avec la manipulation de bases de données personnelles, l’exercice peut-être beaucoup plus intéressant. Jim Messina, le directeur de campagne de Barack Obama, explique à Newsweek que son principal avantage sur les républicains cette année, c’est le temps. Aucune primaire à gagner en comparaison avec les 13 débats télévisés du candidat républicain, qui n’est toujours pas choisi. Tout le temps donc de mobiliser des troupes qu’ils connaissent depuis l’élection de 2008.

La base de données Narwhal

L’équipe de Barack Obama met actuellement au point une immense base de données dénommée Narwhal, qui est la fusion de toutes les bases exploitées depuis lors, avec une mise à disposition facilitée. Ainsi, chaque élément connu sur un électeur en particulier sera accessible à n’importe quel membre de l’équipe de campagne. Le volontaire, l’activiste en ligne, le donateur, l’électeur, tous les profils seront réunis au même endroit, charriant avec eux leur foule de détails personnels.

Que ce soit le fichier des donateurs, celui des soutiens en ligne, géré par Blue State Digital ou encore les données sociologiques recueillies par le parti démocrate, les données étaient pendant la campagne de 2008 rassemblées dans des espaces différents et chacun était réticent à partager ses informations avec les autres.

La réelle innovation ne sera pas visible et la campagne de 2012 ressemblera beaucoup à celle de 2008 pour les sympathisants selon Slate.com. Mais les outils déployés en coulisses pour suivre les militants, sympathisants et soutiens occasionnels seront beaucoup plus précis et étendu. En lien avec Twitter et Facebook, qui n’étaient pas si développés, ou tenant compte du smartphone, beaucoup plus utilisé qu’en 2008. Désormais les sympathisants pourront se connecter sur le site avec leur compte Facebook, pour effectuer des tâches simple, en ligne ou hors ligne, et le site sera bien pensé pour n’importe quelle plateforme, de la tablette à l’écran. La connexion grâce à Facebook permettra à la volée de récupérer toutes les données personnelles présentes sur le réseau social détaille le Guardian.

Et dans les serveurs de l’équipe d’Obama, une machine intelligente, ce fameux narval, pistera le plus d’électeurs et de soutiens possible. Si une personne a donné 5 dollars à un meeting, elle ne recevra pas les mêmes sollicitations que si elle a donné 5$ pendant un débat des candidats républicains. Si une personne a dépassé le plafond de dons personnels, elle ne recevra plus d’emails d’appel à dons mais plutôt ceux de mobilisation. Si elle est déjà volontaire pour Obama, personne ne viendra taper à sa porte ou ne lui enverra de tract. Si elle est concernée par les questions de contraception, elle recevra un e-mail sur la position progressiste de Barack Obama sur le sujet.

Ajoutez à cela des statistiques sur leur comportement d’électeurs en fonction de leur lieu de résidence, leur vote déclaré ou pleins d’autres informations, et on voit se profiler le génial outil. N’importe quel électeur ou abstentionniste potentiellement démocrate a sa ligne dans une base de données, permettant de lui adresser les messages qui lui correspondent, et qui correspondent à ses préoccupations. Le Chicago Magazine se pose la question de savoir ce qu’Obama sait vraiment de ses électeurs, illustrant avec un immense HAL 9000 aux couleurs du président.

De quoi s’interroger sur limites du marketing dans la démocratie et dans le libre-arbitre au moment du vote, lorsque les seuls messages que l’on reçoit sont ceux avec lesquels on est d’accord.


illustrations : NISTWhite House

2 Responses

  1. dominique 21 says:

    narval ou narwhal ? peu importe
    tout ça c’est très impressionnant… mais ça fait peur… le candidat élu – si on adhère à votre argumentation – sera celui qui a développé la machine de guerre la plus efficace, mais, en aucun cas, celui qui aura expoosé les projets les plus cohérents pour son peuple !

    Par ailleurs…pourquoi ne pas prêter meilleure attention à l’orthographe .. quand on est journliste professionnel et de surcroît, dans un titre jouissant d’une certaine notoriété ?

    C’est ‘usant’… pour un lecteur de la génération “d’avant 1968″ !

  2. Deres says:

    Au final, c’est le mensonge à l’état pur réalisé par des machines. Automatiquement, des machines vont envoyé à chaque électeur potentiel un programme du candidat ne contenant que les propositions avec lesquelles il est déjà d’accord, et mettant sous le tapis toutes les autres … Le tout en faisant croire aux douces attention personnelles du candidat et de son équipe de campagne. Bref, les techniques de marchand de tapis au service du pouvoir …

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