Coupable de cyberharcèlements groupés

Il y a quelques années, Twitter n’était pas très fréquenté en France. La plateforme se battait pour obtenir d’une émission de télé qu’elle affiche un hashtag. La «twittosphère» pouvait se résumer à des journalistes, qui se parlaient entre eux, des blogueurs et des professionnels du web, et de la communication. Fin 2009, le journaliste Vincent Glad avait un peu plus de 3 000 followers et Nathalie Kosciusko-Morizet, une des rares politiques présente sur le réseau en comptait 10 000.

L’actualité, mais surtout celle de Twitter, nourrissaient les débats sur le réseau. La localisation principalement urbaine, voire parisienne, de la plupart des utilisateurs facilitait les rencontres autour d’un verre et créait des accointances, renforçant les échanges en ligne. Twitter ressemblait alors à une petite cour de récré avec différentes bandes, des jeux, des chamailleries. Et du bullying.

Par le hasard d’une recherche dans ma boîte mail, je suis retombé sur une conversation de février 2010. J’échangeais avec une journaliste qui avait commis, comme il est de coutume, un reportage peu informé sur le buzz du moment. Dans mes souvenirs, j’avais tweeté un message évoquant un reportage «de merde». En relisant l’échange ayant suivi le tweet, je constate que j’avais également mentionné la journaliste, avec une invitation à la «trasher» sur le réseau.

Récemment, l’annonce de la création d’un délit de «cyberharcèlement groupé» ou il y a quelques semaines, l’intervention de Marion Seclin ou encore un format interactif montrant l’effet de vague créée par des milliers de messages m’ont permis de comprendre quelque chose. Un bullying virtuel n’a pas grand chose à voir avec un tabassage en cour de récré. Un message plus ou moins anodin envoyé à une personne n’est qu’une goutte supplémentaire qui amplifie la vague qui peut parfois s’abattre sur celle-ci. Le terme de «groupe» ou de «meute» me trotte dans la tête et me pousse à écrire ce billet.

Réfléchissant à mes gamineries de cour de récré du Twitter des années 2008 2012 – quand il n’y avait encore pas grande monde – je me découvre coupable de quelques cyberharcèlements groupés. Exemples parmi d’autres. Un message pas méchant envoyé à des personnes, mais coordonné par mail ou groupe Facebook «secret», qui s’ajoutait à d’autres pas forcément aussi gentils. Un mot-clé insultant glissé dans une recherche Google vers un blog qui remonterait dans les Analytics si nombreux faisaient comme moi.

J’espère avoir cessé depuis, et je me sens très stupide d’avoir eu à attendre des témoignages pour me rendre compte de cet effet de meute.

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