Données ouvertes vs. sécurité publique.

Le ministère de l’intérieur refuse de me communiquer des chiffres qu’il communique, la CADA se plie à ses raisons de «sécurité publique».

En octobre 2016, pour répondre aux mobilisations policières, Bernard Cazeneuve, alors ministère de l’intérieur avait annoncé, entre autres, un nouvel équipement pour policiers et gendarmes, casques, gilets pare-balles, armes et véhicules… En mars 2017, son éphémère successeur, Bruno Le Roux, avait fièrement posé au centre logistique de la police, pour présenter ces nouveaux équipements.

En appui de cette visite, le service de presse du ministère de l’intérieur diffusait le détail des équipements distribués à la police par département et aux gendarmes par région. Une belle carte un peu complexe à comprendre, encapsulée dans un fichier pdf.

Une carte sûrement très belle, avec ces petites pastilles oranges, violettes et bleues, mais difficilement ré-exploitable. Il y avait une chance sur deux de faire une erreur en reportant les chiffres par département dans un tableur, une chance sur trois de se tromper en refaisant une carte. Hors, la carte fournie était illisible. Autant on pouvait savoir qu’il y avait 23 boucliers supplémentaires dans la Manche et 99 gilets porte-plaques en Côte-d’Or, autant rien ne permettait de comparer globalement ces chiffres à la population d’un département.

Pour alimenter le Panier à salade, newsletter hebdomadaire sur la police et la justice, J’ai donc demandé au Saelsi, logisticien de la police, «une version en “tableur” ou “texte” des chiffres par département ou région de ces nouveaux matériels». Réponse assez rapide :

L’ensemble des données disponibles est dans le dossier de presse. Pour des raisons évidentes, nous ne diffusons aucun élément en version modifiable.

J’ai du mal à voir quelles peuvent être les «raisons évidentes» ; devant le refus, je saisis la CADA. Ce que je souhaite, c’est un simple tableur avec un nom de département, et quatre chiffres. Je me dis qu’avoir accès à des chiffres exploitables d’un pdf, c’est quand même la base. Il n’en est rien.

A la suite de la saisine de la CADA, celle-ci échange avec le ministère de l’intérieur, qui lui répond «que les données sollicitées évoluaient quotidiennement et n’avaient pas à ce titre de caractère définitif» et  «que la diffusion de modèles de documents de travail à des tiers sans contrôle a priori de l’exploitation qui pourrait en être faite est susceptible de présenter un risque notamment opérationnel pour les unités».

Il n’en fallait pas plus à la CADA, qui estime donc que les chiffres demandés «sont susceptibles de porter atteinte à la sécurité publique et ne sont donc pas communicables au demandeur». Avis défavorable, fermez le ban.

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